Mercredi des cendres

Cette lettre est adressée à Joseph Bouyssou, beau frère d’Hilarion, lui aussi sur le front. Le discours n’est évidemment pas tout à fait le même que dans les lettres adressées à Germaine, mon arrière grand mère !

Joseph à droite.

Joseph à droite.

Cher beau frère

Vous vous plaignez d’après ce qu’on me dit que je ne vous écris pas et que je ne réponds pas à vos lettres. Je n’ai jamais rien reçu de vous et je vous ai écris plusieurs fois. Ici il s’égare beaucoup de lettres. J’en ai perdu deux ou trois de Germaine dans quinze jours. Parlons métier maintenant. Nous sommes à peu près nourri quoique toujours on nous donne (riz riz). On a un demi quart de vin par jour et l’eau de vie on nous l’a presque supprimée. Nous passons quatre jours aux tranchées et quatre jours au cantonnement.

Mais pour aller au cantonnement nous passons dans des sentiers dans les bois ou nous avons de la boue jusqu’à mi jambe. Vous seul pouvez avoir une idée de ce que c’est.

Comme tranchées elles sont à peu près confortables il y pleut quelquefois la fumée des fois oblige à sortir mais enfin nous sommes en guerre il faut savoir se contenter de peu. J’ai passé une quarantaine de jours à Neufchâteau et à Chaumont pour un rhume que j’avais, bon temps mais court. En rentrant je me suis rempli de pou et sans doute que chez vous ça doit commencer à y en avoir car ici c’est tous.

Question de guerre nous ne bardons pas trop mais des balles dans les tranchées en quantité. Ces jours ci on a blessé au coté mon lieutenant et mon sous-lieutenant au bras droit l’amputation a eu lieu de suite. La même balle les a touché tous les deux et moi j’étais heureusement dans la tranchée. Cela m’a très émotionné car au moment où nous pensions le sous lieutenant il nous a dit ceci. Quand je serais mort vous écrirai à ma famille et dites leur que ma dernière pensée a été pour ma femme et mes enfants. Je crois qu’il s’en tirera quand même. Vous avez passé deux mauvais jours m’a-t-on écrit.

Ayons toujours confiance en Dieu et en sa Ste Mère. Eux seuls peuvent nous sauver la vie. Dans les circonstances pénibles ayons toujours soin de nous recommander à la Ste Vierge. Elle écartera les balles de nous et nous montrera le chemin pour éviter le danger. Si jamais nous avons la chance du retour ce qu’il faut espérer c’est à Lourdes que nous irons rendre grâce des faveurs obtenues avec qu’elle ferveur il me semble que nous prierons. Lorsque tous ensembles avec nos épouses chéries nous nous agenouillerons à la Table sainte. Prions afin que ce soit cette année que nous y allions. Ma santé est toujours très bonne et le sac ne me fait aucune peine.

Hier j’ai trouvé travaillant sur la route Vivan le cantonnier de la route de la Gare qui m’a dit de vous donner le bonjour.

Votre beau frère qui vous embrasse

Graves

112e 4e Com Sec 129

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A propos histoiresnousici

Passionnée des vieux papiers et de généalogie, d'histoire et d'archéologie,de spéléologie,et curieuse de pleins d'autres choses ...
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