28 juin 1915 : « impossible de pouvoir se procurer rien pas même du papier tout est brûlé »

Quelques 10 jours après le décès de son époux au bois de la Gruerie, dans les jours du 19 et 20 juin 1915, Germaine ne semble pas encore avoir reçu la terrible nouvelle …


Bien chers beaux frères,

La dernière lettre d’Ilarrion est datée du 18 et dit être en bonne santé Depuis deux jours il était dans sa nouvelle tranchée et sa ne va pas trop mal. Le 1e soir il y a eu une fusillade terrible ils n’ont pas bougé car ils ont cru qu’ils tenaient bon. Il leur est impossible de pouvoir se procurer rien pas même du papier tout est brûlé  ou desert les soldats coupent le foin avec les machines attelées a deux chevaux il y en avait huit un jour il ne croit pas pouvoir aller a Lourdes cette année car ce n’est pas encore fini que nous remerçions Dieu de lui avoir accordé la vie la santé pas de blessure est espère que le Ste Vierge le gardera jusqu’au bout. Il est au bois de le Grugie.

Nous sommes toujours en bonne santé hier nous avons rentré le foin de la caussade jeudi l’orage nous surprit lorsqu’il fut étendu de la bonne paille vaut 100 fois plus. Demain nous couperons l’autre. Monsieur le curé a donné la permission de soigner les récoltes tant que durera la guerre il n’y aura pas de Vepres elles se diront après la grand messe et le soir a 8 heures chapelet chemin de la croix et bénédiction du S. Sacrement comme tous les mercredi et vendredi et prières accoutumées les autres jours tant que durera la guerre.

Si le temps est beau je n’irais pas a la foire Le bonjour a maman Cadette

Votre belle sœur et neveux qui vous embrassent tous.

Germaine Graves

Hilar. G. 112e d’Inf. 4ème Comp.

  1. P. n°170
Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

18 juin 1915 : « meilleurs baisers d’amour du bois de la Gruerie »

A la lecture de ces quelques mots, ma chère Germaine ignore encore que ce seront les derniers de son cher époux …

Hilarion décède le 19 (acte de décès), le 20 ou 21 (fiche militaire) juin 1915, « tué à l’ennemi » au Bois de la Gruerie près de Vienne le Château (Marne). Avis du 25 juillet 1915

une vie de plus parmi de trop nombreuses autres …


Chère Epouse

Me voila dans ma nouvelle tranchée depuis deux jours et cela ne vas pas trop mal.

Le premier soir il y a eu une fusillade terrible mais ils n’ont pas bougé car ils ont vu qu’on tenait bon maintenant c’est tranquille.

Le secteur est bon nous n’avons qu’à le maintenir en cet état c’est ce que nous ferons.

Comme je te disais dans ma dernière lettre ne m’envoie plus d’argent impossible de dépenser un sou.

Si tu as l’occasion de voir la femme de Gabriel demande lui son adresse ne sachant pas ou nous allions j’ai brûlé toutes les lettres et son adresse avec. Si jamais je ne t’avais pas répondu à quelque question que tu m’aurais demandée ou autre chose tu n’as qu’à me le dire dans ta prochaine lettre car je n’ai pas gardé une seule lettre.

Quand bien même B. voudrait 2.50 pour faucher ou rentrer le foin prenez le. Cela m’étonne que tu ne saches rien de ton allocation. Si dans quelques jours tu ne sais rien je m‘en occuperais et nous verrons. Quand au rappel tu y aurais droit m’a t’on dit mais se sera difficile à toucher. A présent on ne donne pas l’argent sans compter. Le jour de la fête votive serai pour nous tous un peu triste. La fête par elle-même ne m’interresse guère. La paix l’est davantage interressante. Prions toujours avec ferveur Dieu se laissera enfin toucher. Nous avions promi d’aller à Lourdes cette année-ci Chère Epouse. Hélas pas encore. Remercions la Divine Mère du Ciel de m’avoir accordé vie, santé, pas de blessure, faut espérer qu’elle le fera jusqu’au bout. Reçois Chère Epouse de ton Cher Epoux ses meilleurs baisers d’amour qu’il t’envoie du bois de la Gruerie.

En marge :

Et vous Chère Maman recevez de votre fils dévoué ses plus tendres et respectueux baisers et vous Chers Enfants milles caresses et cent mille poutous. Ton Epoux.

Publié dans Jour pour jour | Marqué avec , , , | Un commentaire

15 juin 1915 : « Quelles tristes choses que la guerre terres en friches villes brulées ou démolies »

Chère Epouse

Je réponds à ton aimable lettre du 11. Tu peux croire que c’est toujour avec plaisir qu’on les reçoit cela distrait un peu de la guerre. Trois « Rilag » de poudre ne te suffiront pas la dernière fois il en faut au moins cinq pour cent litres d’eau. Sois prudente en fauchant surtout pour désembrailler quand c’est engorgé prend soin de faire avec une fourche et ne passe jamais à côté de la lame attention à Eli qu’il ne soit pas là par les pieds comme on dit pour embarrasser dis lui qu’il t’écoute sans sa quand je reviendrai je saurai tout.

Tu me dis que Germain ne peut pas parler cela me fait de la peine est-ce qu’à cet âge il ne devrait pas commencer à gager il me semble que si. Dis-moi si vous croyiez qu’il aura un défaut de langue.

Je crois bien que pour faucher tu dois regretter ton cher époux moi je conduisais les bœufs tu n’avais guère à t’occuper sois toujours prudente. Tu aurais besoin de quelqu’un comme ce matin j’ai vu huit faucheuses à deux chevaux un train de faucheur dans le même pré, le pays ou nous sommes n’y ayant pas de civils. Les militaires le coupent. Ne pense pas à m’envoyer d’argent nous ne pouvons pas le dépenser ni même de colis il fait trop chaud.

Jeanne vient de m’écrire et me donne des nouvelles de tous. Ecris toujours au même secteur jusqu’à ce que je t’ai donné le nouveau.

Je ne peux guère de donner des renseignements mais je crois que cela ne tardera pas trop. Quand à Cassan et Pégourié je ne crois pas qu’ils allaient en Italie ni au Dardanelles. On les changera de secteur pas plus c’est mon avis.

Donne le bonjour aux parents et amis sans oublier Mr Delmas ainsi que Bratières.

A l’instant je viens de savoir le numéro de notre secteur 170.

Rien plus à te dire pour le moment.

Envoie moi du papier dans les lettres ici ce sera difficile pour en trouver.

Quelles tristes choses que la guerre terres en friches villes brullées ou démolies faut être sur place pour en avoir une idée.

Reçois Chère Epouse et vous Chère Maman ainsi qu’Eli et Germainou mes plus tendres baisers

Ton époux chéri

1124ème  S.P. 170

Publié dans Jour pour jour | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

14 juin 1915

Chère épouse

Me voila arrivé à ma nouvelle résidence depuis ce matin à la pointe du jour. Le secteur parait-il n’est pas mauvais.

Je te dirais plus tard où nous sommes.

Nous sommes au repos pour aujourd’hui car nous sommes fatigués après avoir fait le voyage en automobile nous avons marché deux nuits. La difference qu’il y a  qu’ici nous ne trouverons rien à acheter.

Dans plusieurs endroits où nous sommes passés c’est démoli ou brulé. Là où nous devons aller cantonner c’est grand mais il n’y a pas un seul habitant. Tu me dis que les ouvriers voudraient 2,5 c. pour faucher ne regardez plus le prix tacher d’en trouver vous avez de la chance si à ce prix vous en trouvez pensez à rentrer le plus de foin possible car il servira et il rapportera.

Ma santé est toujours bonne et ne pense qu’à ma libération.

Je vous écrirai sans tarder.

Pour le moment le courrier part. Ecris toujours à la même adresse jusqu’à ce que je t’ai donné le nouveau numéro du secteur.

Donne le bonjour aux parents et amis.

Pour les colis ne m’en envoie plus ils mettront peut être plus longtemps à arriver.

Reçois chère Epouse ainsi que vous Chère Maman et Chers enfants mes plus doux baisers.

Ton époux.

Excuses moi les enveloppes se sont collées la lettre sera peut être ouverte.

Publié dans Jour pour jour | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

6 juin 1915 : « il s’agit de ne pas être touché ce n’est qu’une affaire d’habitude »

Chère Tante, Chère Cousine

Excusez moi si j’ai si longtemps attendu à vous écrire je pense que vous avez du avoir de mes nouvelles par Maman ou Germaine. Pour le moment nous ne sommes pas trop malheureux au contraire depuis le commencement de Mai nous couchons toujours dedans on a bien des corvées à faire de nuit ou de jour quelquefois pendant ses six jours que nous sommes en réserve. On entends siffler quelques balles près des oreilles cela n’a pas d’importance il s’agit de ne pas être touché ce n’est qu’une affaire d’habitude. C’est magnifique ce temps que nous passons en comparaison de cet hiver, alors nous avions fusillade presque tous les soirs et canonnade souvent les pieds dans l’eau et la pluie sur le dos on ne dormait presque pas et le peu de repos qu’on avait on le passait sur des billots de bois et de quelque branche.

Là ou nous couchons c’est bien dans une grange sur des planches ou on n’a que la couverture pour matelas mais c’est sec et on n’a pas froid depuis le début de l guerre je n’ai couché que douze jours dans un lit depuis, toujours habillé on s’habitue. Malgré tout je me porte à merveille. Je ne m’en ressens pas du tout. J’ai vu de pauvres camarades qui ont eu les pieds gelés on a du les amputer d’un pied.

Faut pas … nous sommes ici pour remporter la victoire ; mais quand. nous n’en savons rien ce sera long très long personne ne prévoit la fin. Il nous tarde de revoir le pays ainsi que ceux qu’on y a laissé. J’ai toujours bon courage et bon espoir, espoir en la Providence Divine et la Ste vierge mais j’ai entendu siffler de près des balles, et des obus éclater près de moi  faut espérer que celui qui m’a gardé … jusqu’au bout. Il en faut si peu la vie ici ne tient que par un fil d’araignée. Comme nourriture nous sommes bien mieux que par le passé. Le papier me manque. Donne un affectueux bonjour à Phillipine Rose et géraud ainsi qu’aux voisins, Greyou, etc. Recevez Chère Tante et Chère cousin mes meilleurs amitiés.

Votre Neveu et Cousin qui vous embrasse de tout cœur.

Graves H. 112ème d’Inf. 4e Com. S.P.129

J’ai écrit hier à Germaine.

Publié dans Jour pour jour | Marqué avec , , | Laisser un commentaire